La professeure Josée Savard a publié un nouveau livre sur la peur de la récidive pour accompagner les personnes touchées par le cancer ainsi que leurs proches.

Apprivoiser la peur de la récidive du cancer avec l’optimisme réaliste se veut un guide pratique, élaboré par Josée Savard, professeure titulaire à l’École de psychologie de l’Université Laval et chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval et au Centre de recherche en cancérologie de l’Université Laval.

Psychologue clinicienne spécialisée en thérapie cognitivo-comportementale et en psycho-oncologie, ses travaux de recherche portent principalement sur les enjeux psychologiques liés au cancer, ainsi que sur l’efficacité et l’accessibilité des interventions cognitivo-comportementales visant à améliorer la qualité de vie des patients.

Son dernier ouvrage vise à rendre accessibles des stratégies éprouvées pour mieux composer avec la peur de la récidive du cancer et en atténuer les impacts sur la qualité de vie. Inspiré de la thérapie cognitivo-comportementale, il s’adresse aux personnes touchées par le cancer, à leurs proches, ainsi qu’aux professionnels de la santé qui les accompagnent au quotidien.

« Je voulais écrire ce livre depuis longtemps car il n’y avait aucun ouvrage portant sur ce sujet spécifiquement et que les ressources professionnelles sont rares pour aider les personnes ayant une peur de la récidive importante. Le but était de rendre accessibles les stratégies qui ont été démontrées efficaces pour atténuer cette peur et qu’elle ait moins d’impact sur la vie quotidienne des patients », souligne la professeure Savard.

Préconiser un optimiste réaliste

Près de 100 % des personnes ayant vécu un cancer éprouvent une peur de la récidive, à un moment ou l’autre de leur trajectoire et à différents degrés. Pour certaines, cette peur est plutôt persistante, voire omniprésente dans leur quotidien, et est souvent déclenchée par des éléments comme des douleurs physiques ou d’autres symptômes physiques. Pour d’autres, elle se manifeste de façon plus ponctuelle ou modérée, notamment lors des suivis médicaux, à l’approche des examens ou durant l’attente des résultats.

La peur de la récidive peut engendrer des répercussions significatives sur le bien-être psychologique et entraîner des conséquences sur le plan sociétal, telles que de l’anxiété, de la déprime, une recherche excessive de réassurance qui se traduira par une augmentation des consultations médicales. Elle peut affecter la qualité de vie, les interactions avec les proches, et même la capacité à reprendre une vie normale après les traitements.

Pour aider les personnes à mieux vivre avec cette peur au quotidien, la professeure Josée Savard propose dans son livre des stratégies d’adaptation fondées sur l’optimisme réaliste.

« Je propose l’optimisme réaliste comme alternative à la pensée positive car l’injonction à penser positivement peut avoir des conséquences néfastes comme engendrer de la culpabilité aussitôt qu’une pensée ou une émotion négative est ressentie, ce qui est pourtant normal lorsque l’on vit une situation comme le cancer ».

Plutôt que de remplacer les pensées négatives par d’autres, excessivement positives, elle suggère un juste milieu : considérer tous les aspects possibles d’une situation sans les exagérer, en tenant compte des scénarios réalistes et des risques réels, tout en espérant que le meilleur puisse survenir.

La pensée réaliste permet ainsi de réduire l’intensité et la persistance des émotions négatives dont la peur de la récidive. Elle favorise des effets plus durables, aide à trouver des solutions concrètes, à passer à l’action et à s’adapter aux différentes conséquences possibles, y compris les plus difficiles.

Un double regard sur la réalité du cancer

En 2023, la professeure Josée Savard a elle-même reçu un diagnostic de cancer du sein. Cette épreuve personnelle a influencé la rédaction de son ouvrage, en lui offrant une perspective nouvelle et plus intime sur la peur de la récidive. Son expérience a été une occasion d’ajouter une dimension humaine à sa réflexion scientifique.

Apprivoiser la peur de la récidive du cancer avec l’optimisme réaliste est ponctué de passages où elle partage son vécu, ce qui lui permet de s’adresser aux patients non seulement en tant qu’experte, mais aussi en tant que personne ayant traversé une situation similaire. Cette approche donne lieu à une voix plus inclusive, qui parle à partir du « nous » plutôt que du « vous ».

Sensibiliser les intervenants et intervenantes du réseau de la santé

À l’occasion du lancement de son livre, la professeure Savard a tenu une conférence le 28 octobre au nouveau centre de recherche sur le site de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. Plus d’une cinquantaine de personnes intervenantes du CHU de Québec-Université ont assisté à cette rencontre portant sur la peur de la récidive et les façons d’accompagner les patients qui en souffrent.

« Bien que ce ne soit pas leur rôle d’offrir une intervention psychologique soutenue, les intervenants de la santé sont au premier plan et peuvent adapter leurs interventions pour aider leurs patients à mieux composer avec la peur de la récidive et à cultiver l’optimisme réaliste », conclut-elle.

La professeure Savard a présenté plusieurs cas cliniques observés dans le cadre de thérapies de groupe, en illustrant comment certaines stratégies d’accompagnement peuvent contribuer à réduire cette peur. Elle a notamment mis en lumière le rôle que peuvent jouer les professionnels de la santé en aidant leurs patients à cultiver l’optimisme réaliste.

Le livre Apprivoiser la peur de la récidive du cancer avec l’optimisme réaliste est disponible dans les librairies et en format numérique.